Yoshida Inès
Le courtier était en retard. Cela donnait déjà une assez mauvaise idée du sérieux de notre rendez-vous.
Il s’est assis sans attendre d’invitation et a commencé par m’expliquer que les documents coûtaient cher. J’avais compris le principe avant qu’il me présente son montant. Je pouvais le payer. Le problème est venu ensuite : après avoir fixé son prix, il souhaitait ne me remettre qu’une partie des documents et conserver le reste jusqu’à son départ de la station.
J’ai refusé. Il semblait trouver raisonnable que je lui fasse immédiatement confiance, tout en organisant soigneusement les raisons pour lesquelles je ne devais pas le faire.
apartéNotre conversation n’a pas été parfaite. J’ai essayé d’être agréable, mais mes observations sur sa présentation ont été mal reçues. Il m’a reproché mes habitudes de Luna. Je lui ai expliqué que les rapports sociaux ne constituaient pas nécessairement mon domaine le plus naturel. Cela n’empêchait pas de mener une transaction claire.
L’alerte nous a interrompus. Lui, qui trouvait jusque-là tout son temps pour discuter des conditions, a soudain voulu partir. Il m’a transmis les documents avant de disparaître par une porte de service. J’ai confirmé le paiement.
apartéJ’ai ensuite dû demander à quelqu’un où aller. Ma proposition de rémunérer son aide a été refusée avec une certaine agressivité. Il m’a néanmoins accompagnée jusqu’au couloir BF17. Je l’ai remercié. Je considère avoir fait un effort.
Le couloir était étroit, rempli de monde et fermé par des portes qui ne semblaient répondre à personne. Un enfant réclamait sa mère. Un homme blessé était assis contre une paroi. Quelqu’un en costume se penchait sur lui ; j’ai d’abord pensé avoir trouvé une personne responsable de l’évacuation.
C’était un médecin.
Je lui ai demandé comment sortir. Il m’a répondu que nous ne sortions pas, puis qu’il fallait attendre, puis qu’il allait examiner les gens et les décontaminer. Tout cela restait singulièrement imprécis. L’alerte demandait de rejoindre un abri, mais nous n’étions pas dans un abri. Le fait de me répéter qu’il y avait des radiations ne répondait pas à la question.
apartéHeureusement, Izzy était là. Je l’ai retrouvée en grande conversation avec Jay. Il y avait également Bob, dont les capacités physiques semblaient plus évidentes que l’intérêt immédiat pour les circonstances. Nous avons fini par faire les présentations. Jay m’a expliqué qu’il ne pouvait pas me considérer comme une amie sans me connaître. Je lui ai donné mon nom et serré la main. Ce point était donc réglé.
J’ai essayé d’obtenir un traitement plus rapide du médecin. Il a accepté que je passe en première dans le sas de décontamination. J’ai suivi ses consignes : retirer mes vêtements, les déposer dans le conteneur et attendre la fin de la procédure. Le dispositif ne ressemblait pas tout à fait à ce que je connaissais. J’ai d’abord attribué cela aux équipements locaux.
apartéJe suis sortie avant de me rhabiller. Les réactions du couloir m’ont assez vite fait comprendre que personne n’appréciait cette organisation. Je suis retournée chercher mes vêtements. Il était apparemment possible de perdre encore du temps pour cette raison, alors qu’on nous expliquait depuis le début que la situation était critique.
apartéL’argent n’a pas davantage amélioré l’attitude des civils. J’en ai jeté pour les calmer ; ils l’ont pris comme une insulte. J’ai fini par comprendre que cette méthode ne fonctionnait pas ici.
En revanche, les questions fonctionnaient.
- Q.01Pourquoi ressortais-je du sas par la même porte ?
- Q.02Pourquoi nous parlait-on d’un danger extrême tout en nous faisant attendre ?
- Q.03Pourquoi le médecin traînait-il ce garde d’un endroit à l’autre au lieu d’organiser une évacuation ?
ConstatSes explications sur un produit protecteur et une galerie à rejoindre ne tenaient pas ensemble.
Je l’ai dit à voix haute.
Cette fois, les gens m’ont écoutée. Puis un homme a frappé le médecin et les autres l’ont suivi. Je n’avais plus besoin de distribuer des billets : ils étaient convaincus qu’on leur mentait. J’ai fait remarquer à Bob ce que les mots pouvaient obtenir. Il avait jusque-là surtout été question de ses muscles.
Nous avions néanmoins besoin de ses muscles aussi.
Izzy avait récupéré un badge sur le médecin. Il ne permettait pas de sortir. Jay a reconnu la référence QSR-4 et parlé d’une autorisation utilisant sa signature. Il a immédiatement précisé qu’il ne l’avait pas donnée. Nous n’avions pas d’explication supplémentaire, et les annonces continuaient à condamner des accès.
J’ai encouragé Bob à forcer une porte. Il m’a expliqué que porter des objets et soulever une porte n’étaient pas exactement la même chose. J’entendais l’objection, mais nous ne pouvions pas rester à discuter de sa profession. Sa première tentative a échoué. Nous avons donc réuni plusieurs personnes pour l’aider devant la porte des docks.
Là, le mécanisme a bougé. Izzy a identifié une commande à atteindre. J’ai proposé à la petite fille de glisser sa main dans l’ouverture ; elle a eu peur et refusé. Je ne l’ai pas forcée. Jay s’en est chargé. Izzy a ensuite ouvert la porte.
Le garde a tiré sur la foule.
Il nous avait donc fait attendre pour notre sécurité, puis avait ouvert le feu lorsque nous avions enfin trouvé une sortie. Jay lui a parlé et obtenu une hésitation. Les civils se sont précipités sur lui. Nous avons pu gagner les docks.
Le Resolve nous attendait dans un hangar, mais ses attaches empêchaient le départ. Je suis montée m’installer pendant que les autres cherchaient une solution. Un écran m’a signalé que Bob était recherché. Je l’ai appelé. Il m’a parlé d’un bloc de ventilation dont le poids était inhabituel. Après ce que nous venions de voir de la sécurité locale, je lui ai conseillé d’ignorer cet avis et de venir avec nous.
J’ai demandé aux civils de bloquer l’accès pour retarder les hommes qui arrivaient. Ils l’ont fait. Quand les tirs les ont repoussés, je leur ai dit de revenir se réfugier à bord.
Izzy a utilisé les canons.
Elle a touché ceux qui couraient vers nous. Je lui ai demandé ce que valait la vie de ces gens à ses yeux. Ils nous avaient suivis, ils nous avaient aidés à ouvrir les portes, et ils mouraient devant le vaisseau censé les faire sortir.
Il fallait encore repartir. Jay peinait sur le dispositif extérieur ; Bob est allé l’aider. Ils ont finalement réussi et sont revenus tous les deux.
Nous avons quitté Éros.
aparté — post-scriptumJe me suis installée dans les quartiers du capitaine. Les manipulations du vaisseau étaient entre des mains plus compétentes que les miennes. Pour ce qui était de donner une direction à des gens enfermés dans un couloir, en revanche, j’avais largement fait ma part.