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Les bonnes histoires
tuent ceux qui
les écrivent

NOM : DIEGO « CROW » NAVARRO OP : GRELOT 47 ANS // EX-WATSON DAILY
RECEIVED // 2045

Je m'appelle Diego Navarro.

Crow, pour ceux qui ne veulent pas trop user leur salive.

Quarante-sept ans. Ancien journaliste au Watson Daily. Ancien bon journaliste, certains jours, si on interroge les bonnes personnes et qu'elles ont bu assez pour être généreuses. Viré il y a trois ans après avoir jeté un témoin du troisième étage. Il a survécu. Ma carrière non. L'enquête interne a conclu que j'étais ivre. L'enquête interne avait parfois le goût amer de la vérité.

Depuis, je vis au Watson Central Club Life, dans un cube qui sent le tabac froid, les écrans fatigués et les bouteilles qu'on promet de ne pas racheter. J'écris encore. Des articles que personne ne commande. Des débuts d'enquêtes. Des trucs pour me convaincre que ma main sait toujours tenir autre chose qu'un verre.

// PROFILE // CROW

  • NAME : Diego Navarro
  • STREET_NAME : Crow
  • AGE : 47
  • EX-EMPLOYER : Watson Daily (viré)
  • RESIDENCE : Watson Central Club Life (cube)
  • DEFAUT_DRINK : verre du matin (Hold Black Rum Pub)

Il y a six semaines, au Rokumaikan, j'ai rencontré Dick Hammer. Gourdin.

Il s'est assis à ma table comme si elle lui appartenait, avec son sourire de magnifique salopard. Il a négocié le prix du thé pendant trois minutes pour économiser une misère. Sa main tremblait. Il a renversé un peu de thé et accusé Yuyu de mettre trop d'eau. J'aurais dû me lever. Je suis resté.

On a parlé.

Il m'a dit, un soir, qu'il sortait d'un programme corpo dégueulasse et que son corps était en train de lâcher. Je n'ai pas creusé. Un vieux journaliste sait que certaines portes s'ouvrent mieux quand on ne cogne pas dessus comme un flic.

Depuis, il me file des boulots. Vérifier une adresse. Croiser une rumeur. Voir qui parle à qui. Rien de glorieux. Mais il paie en vrai argent, pas en promesses.

Cette fois, c'était Hélène Vance. NC Wire.

Je me souvenais d'elle. Stagiaire au Watson Daily, il y a des années. Le genre à poser les bonnes questions trop tôt dans la conversation. Elle creusait Continental Brand. Stocks périmés dans les écoles de Kabuki. Trois enfants morts officiellement. Deux cent quarante-sept selon ses comptes.

Quelqu'un voulait que son article n'existe plus.

Un type avait déjà essayé de la convaincre la veille. Elle lui avait tiré dans le ventre.

Je suis allé au Hold Black Rum Pub. Doc Brutus m'a reconnu, évidemment. Les barmen et les croque-morts ont toujours meilleure mémoire que les rédactions. Il m'a demandé si j'étais encore trop ivre. J'ai demandé un verre du matin, donc la réponse était probablement oui.

Il m'a laissé voir Vance en me prévenant qu'au moindre cri, il tirait sur tout ce qui bougeait.

Elle avait une arme pas loin de la main. Elle pensait que je venais finir le travail. Je lui ai dit la vérité, ou au moins une version qui tenait debout : on m'avait demandé de récupérer son enquête. Pas forcément de la tuer. Il y a une nuance. Fine. Mais dans Night City, les nuances sont parfois tout ce qu'il reste entre deux cadavres.

Elle m'a dit que j'avais été un bon journaliste.

Ça m'a fait plus mal que prévu.

J'ai parlé d'une femme, d'enfants, d'une vie perdue. Elle m'a rappelé que je n'en avais jamais eu. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. L'alcool invente parfois des fantômes à votre place. Ou alors c'est moi. Peut-être que j'ai fait le deuil d'une vie que je n'ai jamais eue parce que l'autre était trop ridicule à pleurer.

Je lui ai promis que son enquête ressortirait. Pas maintenant. Plus tard. Quand elle pourrait respirer. Quand les bons morceaux seraient en place.

Elle m'a donné les fichiers.

Je les ai transmis à Gourdin. Il a payé sept mille eddies, après avoir tenté de m'en gratter dix pour la beauté du geste. Il a fini par envoyer les dix derniers avec une petite saloperie de message. Ça m'a presque fait sourire.

Le lendemain, il m'a amené à une planque.

Il y avait là des gens qui n'avaient pas l'air d'appartenir à la même mauvaise blague. Une femme trop belle et trop dangereuse pour rester longtemps sans tuer quelqu'un. Un colosse qui portait le sang comme une chemise. Une doctoresse qui regardait les corps comme des dossiers ouverts. Une netrunneuse avec des yeux pleins de fantômes. Et Gourdin, qui faisait semblant de tenir debout par choix.

Puis une petite enquêtrice blonde s'est approchée.

Alina Renard. NCPD. Elle posait des questions sur James Cabron. J'ai dit que je ne le connaissais pas. Ce qui était vrai pour moi. Les autres ont brodé autour des Tiger Claws, du Saule Gris, des égouts et de la morgue K17. Alina écrivait tout. Pas comme quelqu'un qui croit. Comme quelqu'un qui range les mensonges par taille.

Je connais ce regard.

Je l'ai déjà eu, avant de perdre la main.

// CE QUE J'AI MAINTENANT

  • Continental Brand tue des enfants avec des stocks pourris.
  • Des gens en costume parme récupèrent des glacières.
  • Des clones meurent à crédit.
  • Un fixeur crache du sang en négociant son loyer.
  • Et une enquêtrice du NCPD siffle en quittant une scène pleine de suspects.

Je crois que je tiens peut-être une histoire.

Le problème, c'est que les bonnes histoires tuent souvent ceux qui les écrivent.

FORMER_DAILY WATSON_CLUB_LIFE GOURDIN_ASSET VANCE_FILES ALINA_SEEN STORY_PENDING
SIGNED_BY : DIEGO « CROW » NAVARRO
NODE : NODE_CRW-01 // DESTINS_CROISÉS
DATELINE : NIGHT CITY 2045
CROW
GRELOT // STORY_PENDING