Jeudirole / Cyberpunk RED / Destins croisés / Ép. 4 // CROW
// PRESS FILE // CROW // NODE_CRW-04 // DÉFINITIVEMENT PAS FIABLE

Encore là pour
écrire la suite

NOM : DIEGO « CROW » NAVARRO OP : GRELOT STATUS : RAMASSÉ // RÉPARÉ DE TRAVERS // VIVANT
NCPD // 2045

J'ai déjà été viré d'un journal pour avoir jeté un témoin par une fenêtre alors que j'étais ivre.

Je pensais que ça resterait le sommet de ma carrière en matière de mauvaises décisions.

H6 m'a prouvé que j'avais encore de la marge.

Quand tout s'est effondré, j'étais toujours dans la tour, avec mon matériel, mes blessures et la façade qui hurlait autour de moi. J'ai démonté ce que je pouvais, essayé d'avoir l'air d'un civil pris dans la catastrophe. Ce n'était pas simple. Les civils normaux ne saignent pas avec un fusil de précision, un lance-grenade et assez de matériel pour faire paniquer un cordon du NCPD.

Dans les escaliers, les gens poussaient, tombaient, criaient. Je me suis fait bousculer, écraser, trimballer par la panique collective. À un moment, j'ai dû découper ou forcer un passage, je ne me souviens plus de chaque détail avec netteté. Il y avait trop de fumée, trop de douleur, trop de métal entre moi et la sortie.

Patch m'a appelé.

Mon indic m'a expliqué qu'un edgerunner sapé comme un Père Noël fluorescent, Apocalypse, venait d'entrer au commissariat central de Watson avec une tête dans un sac. Il avait annoncé que Diego Navarro l'avait payé pour le boulot. Mon nom tournait déjà sur les ondes du NCPD. Patch voulait des eddies pour me dire qui avait payé. Je n'avais rien. Même pas assez pour acheter une mauvaise nouvelle correctement.

J'ai continué à descendre.

J'ai aidé la police à orthographier mon nom.

J'ai dit à des gens que j'étais Diego Navarro. Sur le moment, ça devait sonner comme de la légende. Avec le recul, c'était surtout une très bonne façon d'aider la police à orthographier mon nom.

En bas, il y avait le cordon. Scanners thermiques, détecteurs de métal, armes confisquées, ambulances de pauvres, drones N54. J'ai essayé la carte de presse. J'ai parlé d'enquête, de sabotage, de Gourdin, de Star, de projet anti-building. Une journaliste m'a presque cru, ou au moins elle a senti une histoire. Elle voulait bien me couvrir si je laissais les armes.

J'ai tenté autre chose.

Camouflage optique. Voler des clés d'ambulance. Partir.

Ça aurait été magnifique si j'avais été moins blessé, moins paniqué, ou plus compétent à ce moment-là. Le camouflage est tombé alors que j'étais au sol. Le NCPD m'a ramassé. Ils m'ont désarmé. Fusil, grenade, cutter, charges, tout ce qui faisait de moi un problème ambulant a fini ailleurs. Ils n'ont pas trouvé les fichiers Continental Brandt dans mon neuroport.

Dans le fourgon, Lula Bay m'a parlé.

Je ne sais pas si je dois l'appeler une voix, une IA, une infection ou une chance sale. Elle m'a dit qu'ils allaient m'enfermer, me laisser pourrir, ou me laisser saigner. Elle pouvait ouvrir les verrous, brouiller ma signature, réparer ce qu'il fallait. Il lui fallait mon corps pendant une heure ou deux.

J'ai accepté.

Je n'ai pas d'excuse élégante. Je voulais vivre.

Je me suis réveillé dans une ruelle de Kabuki, deux ou trois heures plus tard. La blessure abdominale moins ouverte. Le corps vivant. La tête pas intacte. Il manque quelque chose après ce genre d'accord. Je ne saurais pas le mesurer, mais je le sens. Comme une pièce qu'on a retirée dans une machine et qui continue pourtant de tourner.

Alors j'ai repris le seul métier que je connais encore à moitié : vendre une vérité à quelqu'un qui préférerait l'enterrer.

J'ai appelé Continental Brandt.

D'abord Isabelle Moreau. Puis Renzo Alvarado. Le premier contact a été mauvais. Je me suis présenté comme Navarro, j'ai joué trop direct, trop familier, et il a cru à une blague. Raccroché. J'ai rappelé. J'ai posé les morceaux sur la table : registres de distribution, noms de victimes, photos des cantines subventionnées, stocks périmés envoyés dans Kabuki. Les morts réels, autour de deux cent quarante-sept si j'ai bien compris, contre un chiffre officiel beaucoup plus bas. Trois, d'après ce qu'Alvarado a laissé entendre.

Là, il a écouté.

Ils avaient déjà payé un fixer, probablement Gourdin, pour faire disparaître les fichiers. Le travail avait été déclaré fait. Il ne l'était pas. J'ai négocié. Trente-cinq mille dix eddies. Pas assez pour effacer ce que ça vaut moralement, mais assez pour me rappeler que la morale ne paie pas les soins, les armes, ni les planques.

Alvarado voulait une preuve. J'ai envoyé la moitié. Il voulait une rencontre au soixantième étage de Continental Brandt. Il a dit que ce n'était pas un piège, qu'ils étaient des gens raisonnables, commerciaux, pas des tueurs.

Une phrase faite pour être imprimée sur une pierre tombale.

Je suis ancien journaliste. Je sais reconnaître une phrase faite pour être imprimée sur une pierre tombale.

J'ai aussi menacé d'un script automatique qui enverrait tout aux rédactions si je mourais. Est-ce que c'était assez solide ? Je préfère ne pas écrire la réponse. Il y a des mensonges qui fonctionnent mieux quand on ne les regarde pas trop longtemps.

Je ne sais pas tout ce qui est arrivé aux autres pendant ce temps-là. J'ai entendu des bribes : Elzy enlevée, Viper mort, Spectra qui rappelait, Notel Motel, Empiré. Je sais surtout que le nom de Spectra a cessé de sonner comme un refuge.

À la fin, le message est arrivé.

"Je peux peut-être vous aider."

Logo Biotechnica.

J'ai vendu une enquête à Continental Brandt, laissé une IA conduire mon corps, perdu presque toutes mes armes, et mon nom tourne peut-être encore dans les tuyaux du NCPD avec une tête coupée attachée à sa légende.

Définitivement pas fiable ?

Oui.

Mais au moins, je suis encore là pour écrire la suite.

// CE QUE J'AI MAINTENANT

  • Un corps réparé de travers par une IA — Lula Bay l'a conduit 1 à 2 h.
  • Presque toutes mes armes saisies par le NCPD.
  • Mon nom sur les ondes, lié à une tête dans un sac d'Apocalypse.
  • Un deal Continental Brandt : 35 010 EB, RDV au 60e étage.
  • Les fichiers Continental Brandt encore dans le neuroport // script auto si je meurs.
RAMASSÉ_NCPD DÉSARMÉ LULA_BAY CONTINENTAL_BRANDT 35010_EB STILL_ALIVE
SIGNED_BY : DIEGO « CROW » NAVARRO
NODE : NODE_CRW-04 // DESTINS_CROISÉS
DATELINE : NIGHT CITY 2045
CROW
GRELOT // STORY_PENDING