Le centre naturel
Je note que tout le monde continue à me prendre pour le centre naturel de ses problèmes.
Encore à cause de Navarro
Spectra nous dit que la planque est grillée, et d'une manière ou d'une autre, c'est encore à cause de Navarro, que j'ai ramené une fois parce que le type pouvait servir. H6 s'est changée en massacre, Rhino revient sans jambes, Star avec un trou dans la poitrine, et moi je dois encore gérer les factures, les fournisseurs, les blessés, les hystériques, les tueurs, les corpos, les fans d'Apocalypse et les dettes de salon de thé.
Survie à bas coût
Au cabinet de Mike, ça puait la survie à bas coût. Elle opérait Rhino comme on désosse une machine encore allumée. Star se vidait dans la cryopompe. Elzy mettait de la mousse médicale avec la délicatesse d'une portière claquée. Moi, je tenais ce qu'on me disait de tenir. J'ai assez de défauts, mais quand il faut empêcher un type de se vider sur le carrelage, je sais au moins poser mes mains quelque part.
Une décision cohérente
Mike a aussi parlé des greffons. Des fragments prélevés sur Mathéo, ou liés à ce qu'elle avait découvert avec lui, je ne suis pas certain de tout comprendre et je ne prétends pas le contraire. Ce que j'ai compris, c'est que ça pouvait aider nos corps à ne pas tomber en morceaux pendant quelques minutes. J'ai choisi un emplacement adapté à mon image de marque et à mon anatomie. Certains diront que c'est une décision médicale discutable. Moi, je dis que c'est cohérent.
Une ligne de plus sur l'ardoise
Puis Yuyu m'a appelé.
Le Rokumeikan était envahi par des fans d'Apocalypse. Ils cherchaient le crevard en caleçon qui aurait vendu leur idole. Apparemment, mon nom était assez proche de l'incendie pour qu'ils veuillent casser mes murs à moi. Yuyu a fait ce qu'elle fait toujours : elle m'a présenté le désastre comme une ligne de plus sur mon ardoise. J'ai discuté. J'ai râlé. Puis j'ai appelé Katsu Cruise.
Katsu a pris quatre mille un eddies pour venir tenir la boutique avec du renfort pendant vingt-quatre heures. Quatre mille un. Pas quatre mille. Il fallait évidemment qu'il ajoute le un. Je retiens.
Une phrase normale
Après ça, Elzy a envoyé un SOS.
Elle était partie chercher les jambes de Rhino, ce qui est une phrase normale dans notre quotidien actuel. Elle s'est fait cueillir par quelqu'un qui bossait sur une prime lancée au nom de Vega. Mike et moi avons pris sa voiture. Je ne sais pas si on peut dire que je l'ai conduite avec élégance, mais on est arrivés.
Subtil, non. Efficace, oui.
Hangar fermé. Elzy attachée dedans. Iron Viper et ses cinq amis armés.
J'ai crié son nom. Subtil, non. Efficace, oui.
Le rideau s'est levé. Les flingues aussi. Alors j'ai dansé.
Une parenthèse refermée
Je n'ai pas envie d'expliquer. Il y a des talents qui ne se justifient pas. Viper et ses hommes ont regardé. Ils se sont vidés par les yeux. Ils ont oublié leurs armes, la prime, Elzy, la menace. Pendant ce temps, elle a coupé ses liens, elle est passée derrière Viper et elle lui a planté ses scratchers dans la tête comme si elle refermait une parenthèse.
Très bon duo
Les autres ont suivi. Je dansais toujours. Elle tuait proprement. Très bon duo, si on oublie tous les aspects illégaux, morbides et psychologiquement préoccupants.
On a récupéré ce qu'ils avaient. Des armes, des armures, un peu d'argent. Les lames Mantis de Viper ont fini de côté pour Elzy. Elle a envoyé une photo à Vega pour lui expliquer que son tueur voulait la doubler. Pas de réponse. Les gens deviennent malpolis quand ils mettent des primes.
Un nom imprononçable
Ensuite, retour au cabinet. Ou ce qu'il en restait.
Rhino était vivant au milieu de trois morts. Il y avait une histoire avec Inès, les Tiger Claw, une enquêtrice qui aime trop la barbe à papa et des têtes explosées. Je n'ai pas tout vu, donc je ne vais pas prétendre. Ce que j'ai vu, c'est que Rhino avait désormais peur d'un nom qu'il n'arrivait même pas à prononcer. Et ça, venant de lui, ça vaut presque un rapport financier complet.
Star avait changé aussi. Le regard froid, la mémoire trouée, comme si quelqu'un avait réécrit des morceaux d'elle avec une lame émoussée.
Invendable
Mike a brûlé le cabinet. Je comprends. Certaines arrières-salles deviennent invendables.
On y a tous cru un peu
Spectra nous a dirigés vers le Notel Motel. Elle avait une solution, disait-elle. L'Empiré. La fin du compte à rebours.
Je n'aurais pas dû y croire. Mais on y a tous cru un peu. Même moi.
Mon petit empire miteux
Quand elle a injecté le produit, mon corps a arrêté de se plaindre. Plus de pourriture intérieure. Plus de délai de deux mois écrit dans les nerfs. Pendant quelques secondes, j'ai pensé que j'allais pouvoir continuer à bâtir mon petit empire miteux de Kabuki, payer mes dettes quand ça m'arrange, arnaquer des gens plus riches que moi et mourir beaucoup plus tard.
Puis tout s'est inversé.
Pas une sauveuse
Spectra a compris que ça ne tenait pas. L'Empiré passait dans nos corps sans s'ancrer. Elle a dit que nous étions sortis trop tôt des cuves. Qu'on ne servait plus. Qu'elle avait besoin de comprendre l'ancrage pour ne jamais finir comme les clients de luxe de HBG, accrochés à une dose éternelle.
Pas une sauveuse. Une utilisatrice de plus.
Elle a verrouillé nos implants et mis le feu.
La dignité est morte avant nous
On s'est sortis de là par la fenêtre. Mike et Rhino d'abord. Puis il a fallu évacuer Star, qui ne tenait pas. Mon anatomie a déjà servi à des choses discutables, mais rarement comme système de sauvetage improvisé. Je ne vais pas détailler plus que nécessaire. Disons que la dignité est morte dans l'incendie avant nous.
La voiture d'Elzy nous a reçus. Elle s'est pliée. Elzy l'a embrassée et l'a brûlée.
À la fin, on avait perdu la planque, la clinique, la voiture, la confiance en Spectra et probablement encore quelques années de santé qu'on n'avait déjà pas.
Puis Biotechnica a envoyé un message.
« Je peux peut-être vous aider. »
Je connais ce genre d'aide. Elle commence par une main tendue et finit souvent avec une facture.